02/10/2017

Discours de Gérard Larcher, le 2 octobre 2017


Monsieur le Doyen,
Mes chers collègues,
Je voudrais en premier lieu saluer Philippe Madrelle, Sénateur de la Gironde, le doyen de notre assemblée, d’avoir présidé notre première séance et le remercier pour ses propos. Je souhaite remercier nos secrétaires d’âge, benjamins de notre Assemblée.
Je souhaite la bienvenue à tous nos nouveaux collègues. Nous sommes heureux de les accueillir dans cet hémicycle du Sénat de la République. Ils entrent dans une assemblée où le respect mutuel est une tradition, la dignité des débats est une règle, et la liberté de penser, de s’exprimer notre nature.
Permettez-moi de partager une part de nostalgie de ne pas retrouver sur ces bancs certains visages de collègues qui nous auront beaucoup apporté par leur présence, leur engagement, leur attachement à cette assemblée.
Je souhaite avoir une pensée particulière pour Nicole Bricq à qui nous rendrons hommage la semaine prochaine.
 

Merci à l’ensemble de celles et ceux qui m’ont accordé leur confiance. Je veux dire à mes collègues qui ont fait un autre choix que je serai le Président de toutes les sénatrices et de tous les sénateurs, on le dit
toujours…. Moi je souhaite le faire très concrètement.

Permettez-moi d’exprimer la solidarité de notre assemblée à nos collègues ultra marins et à travers eux, à nos compatriotes durement touchés par la violence du cyclone Irma.
Marseille, hier. Le terrorisme a de nouveau frappé. L’horreur de ces 2 jeunes filles assassinées dans cette guerre sournoise que nous livre l’État Islamique. Jamais nous ne pourrons nous habituer à cette liste qui s’allonge et jamais nous ne pourrons oublier.
Je veux témoigner au nom du Sénat notre solidarité aux familles endeuillées, Je veux témoigner notre soutien aux forces de sécurité qui assument, parfois au péril de leur vie, leur mission de protection de nos compatriotes.

Il y a 3 ans, je prononçais ici-même mon discours de Président de la nouvelle assemblée élue et j’utilisais ces mots : « Il faut relever le Sénat pour faire vivre le bicamérisme. C’est l’esprit de la feuille de route que je vous propose de suivre ensemble, nous les 348 sénateurs ». Nous avons ces 3 dernières années, beaucoup oeuvré, ensemble, pour mieux faire la loi, mieux contrôler l’action du Gouvernement, mieux gérer et clarifier nos règles de fonctionnement internes. Nous avons su faire entendre la voix des territoires.

Nous avons collectivement retrouvé la pleine légitimité de notre assemblée et sa place dans le fonctionnement des institutions de la République. Merci pour tout cela.

Le bicamérisme est un atout pour notre démocratie : Et le projet que je vous ai proposé repose sur 2 principes qui structurent notre rôle :
Être garant de l’équilibre des pouvoirs,
Être garant de l’équilibre des territoires.
« L’horloge démocratique » de nos institutions ne peut être réduite à l’élection du Président de la République au suffrage universel direct, que suit l’élection des députés et qui, depuis la réforme du quinquennat n’est
que la réplique « sismique » de l’élection présidentielle. L’équilibre des pouvoirs, indispensable au fonctionnement démocratique de la République, a besoin d’une voix différente : c’est le Sénat. Ces mots de Charles de Gaulle à Bayeux sont aux sources de notre légitimité : « Il faut donc attribuer à une deuxième Assemblée, élue et composée d'une autre manière, la fonction d'examiner publiquement ce que la première a pris en considération, de formuler des amendements, de proposer des projets. Or, si les grands courants de politique générale sont naturellement reproduits dans le sein de la Chambre des Députés, la vie locale, elle aussi, a ses tendances et ses droits. »

Le Sénat est le stabilisateur institutionnel indispensable à une démocratie apaisée. Il protège les citoyens des lois de pulsions votées dans la précipitation sous la pression populaire ou médiatique du moment, des excès éventuels de l’exécutif influencé par la proximité d’élections nationales ou la chute dans des enquêtes d’opinion. C’est ce contre-pouvoir qu’incarne le Sénat. Un contre-pouvoir exigeant, qui sait s’opposer avec discernement, sans les excès des postures partisanes qui n’ont jamais été dans sa nature. Notre seule ambition, ce
doit être l’intérêt de la France.
La force du Sénat est de savoir résister aux artifices de communication ou aux effets de mode qui caricaturent le passé, idéalisent le présent et feraient croire qu’on passe soit de « l’ombre à la lumière », soit de
« l’Ancien monde au Nouveau monde » !
Chers collègues, il n’y a ni Ancien ni Nouveau monde ! Ce qu’il nous faut collectivement incarner, c’est :
· l’efficacité au service de la France,
· le respect que nous devons aux élus locaux qui s’engagent chaque jour
au service de nos compatriotes,
C’est
· la vérité que nous devons aux Français,
· le redressement concret de notre pays pour lequel nous serons
toujours au rendez-vous.

Nous avons une responsabilité constitutionnelle spécifique. Nous sommes les représentants des élus locaux, des collectivités locales. Nous sommes les représentants de la France de la proximité, de la France
du concret, de la vie quotidienne des Français.
Je n’oublie pas nos compatriotes établis hors de France. Le développement équilibré de nos territoires en métropole et dans nos outre-mer est indissociable de l’idée que nous nous faisons de la Nation
et de son unité.
Nous ne pouvons accepter que des parcelles de France se sentent aujourd’hui oubliées, « à côté », que certains de nos compatriotes aient le sentiment de ne plus compter et donc de ne plus être concernés. La fracture territoriale est un poison lent qui mine notre pays et fissure notre modèle républicain.
Oui, nous devons réconcilier la France avec tous ses territoires et qui est mieux placé que nous, Sénateurs, pour réussir cet objectif ?
J’ai la conviction que le maillage territorial que représentent les élus locaux peut seul nous permettre de « reconnecter » tous les territoires.

 La fin du cumul des mandats est un défi. Par construction il fragilise le
lien qui unissait le sénateur aux élus locaux. C’est ce lien direct qui
contribuait à en faire un législateur avisé et un contrôleur vigilant.

Le sénateur d’octobre 2017 n’est donc plus le sénateur de juin 2017 ; il va donc nous falloir exercer notre fonction de manière différente : pour prendre en compte les attentes des élus locaux avant comme après le vote de la loi, et consolider ce lien de proximité, les consulter davantage, et pour ce faire, mettre en place un outil numérique de consultation permanente des élus locaux.
 Le Président de la République souhaite par ailleurs réduire le nombre de parlementaires siégeant dans chaque assemblée. Nous n’y sommes pas opposés, à une condition :
Le Sénat devra incarner, par sa composition même, l’équilibre territorial et la diversité qui cimentent une Nation.
La diminution du nombre de sénateurs à due proportion du nombre de députés ne doit pas réduire au quasi silence les territoires à faible démographie. « Si l’Assemblée nationale est le reflet de la démographie du Pays, le Sénat est le reflet de sa Terre et de sa géographie » disait Gaston Monnerville (1965). Et dans le cadre de la réforme constitutionnelle, qui est pour nous une responsabilité majeure, je vous propose d’examiner son contenu, sans parti pris ni arrières pensées, mais le Sénat comptera !

Mes chers collègues,
Pour que le pays avance, il faut que l’intérêt de la France prime sur toute autre considération notamment dans les relations entre l’exécutif et le Parlement et particulièrement le Sénat. Les Français demandent plus de liberté, moins de contraintes, moins de réglementations. Les élus veulent plus de stabilité, épuisés par ces réformes qu’on n’a cessé de leur imposer. Ils demandent de l’autonomie et de la prévisibilité.
Ils attendent qu’on fasse confiance à ce qu’a construit la décentralisation depuis 35 ans et qu’il faut préserver et fortifier. Et il faut rétablir une relation de confiance entre l’exécutif et les élus locaux. C’est indispensable pour redresser notre pays.

Nous aurons enfin ces 3 prochaines années une tâche immense à accomplir : réconcilier les citoyens avec le Parlement. C’est une responsabilité que nous devons assumer. Nous avons, nous, parlementaires un devoir d’exemplarité. Beaucoup a été fait et nous poursuivrons les réformes engagées. Mais, il faut cesser
 d’affaiblir le Parlement. Le populisme s’est toujours nourri de l’antiparlementarisme. Prenons garde de ne pas abimer la démocratie parlementaire, c’est notre bien commun, il nous faut la protéger. La dignité de chaque parlementaire, c’est pour le Président que je suis, une exigence et un engagement.

Mes chers collègues,
Cette élection à la présidence du Sénat m’honore et m’oblige. Je suis et je resterai fidèle à mes convictions, fidèle à mon attachement aux institutions de la Vème République, au rôle du Parlement, au bicamérisme et à la séparation des pouvoirs que je protègerai avec fermeté.
Je resterai attaché à un Sénat ouvert, respectueux des droits et des libertés de chaque groupe, un Sénat qui a su depuis trois ans, dans les moments importants, soutenir le Gouvernement à chaque fois que l’intérêt de la France l’exigeait et qui a su dire non à chaque fois qu’il le ressentait en conscience. L’indépendance du Sénat, la liberté des Sénateurs, sont notre différence !
Je resterai le garant de cette différence sénatoriale que certains nous reprochent mais que beaucoup nous envient.
Oui, comme vous, c’est la France que j’ai au coeur.
Vive le Sénat
Vive la République
Vive la France

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